La Commission léonine
Depuis sa création en 1879, la Commission léonine réalise l’édition critique des œuvres de
Thomas d’Aquin. Elle est composée actuellement de six membres : les frères Adriano Oliva de la
Province Romaine de Sainte-Catherine-de-Sienne, Jean-Christophe de Nadaï et Marc Millais de la
Province de France, Timothy Bellamah de la Province Saint-Joseph aux États-Unis-d’Amérique ;
deux membres laïcs madame Marta Borgo et monsieur Iacopo Costa. La Commission a aussi un
réseau de collaborateurs associés en plus de ses membres ordinaires. Le siège de la Léonine se
trouve depuis 2003 à Paris, près de la bibliothèque du Saulchoir. Le travail de la Commission est
avant tout un travail philologique et historique sur les textes et les doctrines de Thomas. À chaque
membre est confié un chantier particulier. Toutefois la collaboration et le travail en équipe sont
fondamentaux pour mener à bien notre mission.
Une invitation du Centre des Études Institutionnelles (CEI) de Lyon
Chacun des membres de la Commission est régulièrement appelé à participer à des colloques ou à
des sessions, à titre individuel. Mais en janvier dernier, cinq membres de la Léonine répondaient à
une demande de formation des étudiants de la Province de France en études à Lyon. La
quinzaine de frères étudiants de Lyon – dont deux de la vice-Povince Fils-de-Marie du Pakistan –
suivent habituellement les cours de l’UCLy (Université Catholique de Lyon) et également des
formations dans leur couvent du Saint-Nom-de-Jésus. Pendant cinq jours, les Léonins leur ont
donné une formation à partir de l’expérience de leur travail philologique sur les textes de Thomas.
Thomas d’Aquin au travail
Le travail de Thomas a été présenté à partir des différents genres littéraires de ses œuvres : les
commentaires de la Sainte Écriture, des Livres des Sentences de Pierre Lombard, des œuvres
d’Aristote, les Questions disputées, les Sermons, les Opuscules. Les étudiants ont été ainsi
plongés dans les diverses exigences à tenir ensemble pour une étude fructueuse de Thomas :
comprendre quel est le genre littéraire d’une œuvre, mais aussi ses enjeux à travers ses sources, sa
problématique philosophique et théologique et les aléas de sa transmission et de sa réception.
La densité des textes
En effet, plusieurs ateliers de paléographie et d’histoire des écritures ont ponctué cette semaine
alternant avec des temps d’enseignement magistral. Il s’agissait alors de s’approprier l’apparat des
sources et de se rendre compte de l’intertextualité médiévale, de s’initier aux premiers éléments de
critique textuelle en perçant les secrets d’un apparat critique en lien avec les introductions des
volumes de la Léonine, et encore de lire les manuscrits et résoudre leurs abréviations.
Partager un travail commun
Cet enseignement dispensé par une institution de l’Ordre à des frères en formation se révèle être
une expérience très riche : pour les Léonins qui ont tenu à être présents et à s’écouter les uns les
autres, rendant ainsi compte de leur œuvre commune ; pour les étudiants sensibles à cette
présence commune pour l’enseignement et les débats qui permettaient des précisions, des
éclaircissements et des compléments. Les temps de la prière et de la table conventuelles ont aussi
été des moments importants de partage pendant cette semaine intense.
Étudier Thomas d’Aquin aujourd’hui pour prêcher demain
Évidemment, cette session est un temps privilégié pour entrer dans l’intelligence d’un des
monuments de la pensée chrétienne et dominicaine ainsi que de la pensée philosophique
occidentale. Plus encore, elle permet aussi de rendre compte de l’importance du travail critique et
historique sur un texte, à l’heure où bien souvent la culture déserte le champ du religieux qui se
résume alors à de fragiles raccourcis, terreau de tous les extrémismes. Lire Thomas aujourd’hui
dans une démarche critique et historique, pour préparer l’intelligence de la foi de demain, voilà le
service que la Léonine veut rendre par son travail à l’ensemble des provinces de l’Ordre, comme
elle vient de la faire pour la Province de France avec cette session à Lyon.
frère Marc Millais, Commission Léonine, Paris
